Vendredi 28 octobre 2011 5 28 /10 /Oct /2011 19:15

Boycott2.jpg« L’évêque promet l’enfer aux paradis fiscaux », c’est un titre d’Aujourd’hui en France du 24 octobre. Autour du chef de l’église de l’Essonne, « plusieurs associations catholiques lancent une campagne de mobilisation contre les paradis fiscaux ».

Le problème c’est que les habitués des paradis fiscaux s’en foutent complètement. Le Vatican devrait également réclamer « une gouvernance mondiale, une sorte d’ONU des finances ». Le pape sera mort et son successeur aussi avant que ça existe.

On n’est même pas capable de mettre d’accord les pays de la zone euro, alors qu’en ce qui concerne les paradis fiscaux il faudrait convaincre près de deux cents Etats. Et en plus de  soixante ans l’ONU a été incapable de résoudre, entre autres, le problème palestinien.

La richesse fabuleuse des mafias fait partie intégrante de la Finance mondiale qui détient tous les leviers de l’économie mondiale et finance la plupart des campagnes électorales de la planète, alors, qui peut croire que la Finance mondiale, se laisserait faire ?

« Les paradis fiscaux représentent entre 1250 et 2500 milliards d’euros ! C’est énorme. Tout cet argent qui échappe à l’impôt, c’est autant en moins pour les Etats. Et au final ce sont les pauvres [et les classes moyennes !] qui en souffrent »

Alors justement, au lieu de pleurnicher et de faire de la démagogie, que l’église et tous ceux qui en ont assez de cette injustice appellent au boycott de tous les produits dont ont soupçonne les dirigeants de passer leurs formidables bénéfices dans les paradis fiscaux. Que les journalistes, au lieu de nous promener avec des débats truqués enquêtent sur les entreprises et sur les multinationales afin de dénoncer leurs évasions fiscales et d’obliger les gouvernements à cesser de fermer les yeux sur la corruption qui les finance. Sont-ils donc ignorants,  incompétents ou de mauvaise foi pour ne jamais en parler ?

Pour leur information, voici un extrait de mon livre Traité de savoir survivre à l’usage des jeunes générations :

« Eva Joly, députée européenne, expliquait dans une émission diffusée sur France 3, le 16 novembre 2009, le mécanisme des  prix de transfert (la seule fois où cela a été le cas dans les médias). Certains ministres ont avoué ne pas savoir de quoi il s’agit alors qu’ils concernent 60% du commerce mondial et qu’ils permettent aux entreprises délocalisées d’échapper à toute  taxe ou impôt. Le mécanisme est simple.

Par exemple, lorsque des marchandises sont exportées de Chine, d’Inde ou de Turquie, pour être importées en France, leur prix de revient est faible. C’est à ce prix qu’ils entrent alors, comptablement et non physiquement, dans un paradis fiscal (où il n’y a pas d’imposition), pour en sortir presque au prix où ils seront vendus en France. L’énorme bénéfice, encaissé dans le paradis fiscal, n’apparaît donc pas lorsque le produit entre dans le pays où il sera vendu aux consommateurs. Le même système est utilisé pour les matières premières et les produits de l’extraction minière en Afrique et ailleurs. »

Le boycott est une Résistance non-violente, encore faut-il que le consommateur soit informé, c’est-à-dire que les journalistes fassent leur travail.

ANNABA, auteur de "Traité de savoir survivre à l'usage des jeunes gén érations" Les Presses du Midi

Par Annaba
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Jeudi 2 juillet 2009 4 02 /07 /Juil /2009 20:14

Grand débat sur l’âge de la retraite dans « Aujourd’hui en France » du 22 juin 2009.

« Un débat inévitable » selon le gouvernement ; « augmenter l’âge légal de la retraite : la piste est régulièrement avancée par les experts pour combler le trou de l’assurance vieillesse (7,7 milliards en 2009) ».

« Voyez », disent les journalistes benêts ou vendus, « la retraite est à 65 ans dans la plupart des pays de l’Union ».

Quant aux syndicats, ils y voient « un recul pour les salariés » et réclament « d’autres solutions de financement », c’est à dire augmenter les impôts sur la fortune, alors qu’ils savent très bien que c’est une idiotie, puisque personne n’est capable d’empêcher les riches d’aller mettre leur fortune ailleurs.

En fait le véritable débat n’est jamais ouvert, et les salariés, du moins pour ce qu’il en reste, sont sacrifiés une nouvelle fois sur l’autel du libre-échange absolu, de l’ultralibéralisme. Personne ne met en cause un système aux conséquences néfastes, destructrices de nos sociétés.

Or pourquoi les caisses de l’assurance vieillesse sont elles vides ?  Parce que depuis vingt ans les délocalisations se sont multipliées avec l’assentiment de tous les gouvernements de droite comme de gauche, complètements acquis à cette idéologie  de   la  mondialisation  de   la  Finance,   totalement

en contradiction d’ailleurs, avec la théorie économique classique *.

Depuis que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) s’est échinée à supprimer tous les obstacles à la liberté des échanges quels qu’ils soient, la France ne fabrique quasiment plus rien, et elle est donc obligée d’acheter la quasi totalité des produits qu’elle consomme à l’extérieur.

« Avec une présentation des faits qui travestit la vérité par ignorance ou dessein, le protectionnisme apparaît comme un véritable tabou. Le refus d’identifier le libre-échange comme cause de la tourmente actuelle, montre que ses partisans ont quitté l’univers de la réflexion pour entrer dans celui de la pensée magique. » Le Monde Diplomatique, mars 2009

Le libre-échange poussé dans ses extrêmes a provoqué la multiplication des  délocalisations des entreprises vers les pays à bas coût salarial et à faible protection sociale et écologique, en augmentant le chômage, en faisant pression sur les salaires et sur les acquis sociaux.

La seule solution pour faire revenir les entreprises, donc pour dynamiser l’emploi, et pour ré-alimenter les caisses de l’assurance vieillesse, tout en  améliorent le pouvoir d’achat, c’est  de briser le tabou et d’instaurer enfin un certain protectionnisme. Il s’agit de l’éco-taxe et de la socio-taxe sur les produits en provenance des pays qui ne respectent ni le droit du travail, ni aucune charte de préservation de l’environnement. Une taxation que ni la gauche ni la droite ne proposent parce que les nations européennes n’ont plus aucun pouvoir ; l’Organisation Mondiale du Commerce interdit de telles taxes. Or l’OMC est une organisation noyautée par les responsables des multinationales, des gens qui n’ont été élus par personne et qui pourtant font  la loi sur toute la planète. 

En revanche, les État-Unis font ce qu’ils veulent : « Pékin accuse Washington de protectionnisme » (Le Figaro du 24/01/2008). Et les Chinois aussi : « Pékin a fait passer auprès des autorités locales du pays un mot d’ordre : "Achetez chinois" » (Le Monde du 19 /06/2009). La Chine vient d’instaurer des taxes sur ses exportations de matières premières (fer, cuivre, aluminium) pour empêcher qu’elles sortent du pays, au grand dam des États-Unis.

Jamais le dessous des cartes n’est présenté dans les médias, détenus par les grands groupes industriels qui tirent profit de ce système inique. Système inique puisqu’il y a de plus en plus de riches dans le monde… et de plus en plus de pauvres ; c’est le résultat d’un système où seul la rentabilité à court terme est recherchée, sans se soucier des conséquences sur les populations. Alors que la productivité qui a atteint des chiffres inouïs depuis un siècle aurait dû générer une société de paix et de redistribution.

Et aujourd’hui chaque catégorie sociale, chaque corporation, descend à tour de rôle dans la rue pour tenter de préserver son pré carré qui se réduit jour après jour ; mais jamais ne se lève un mouvement de révolte générale sur un sujet qui pourtant concerne tout le monde : le retour à la rationalité  économique, où dans le cadre de l’Union, chaque pays, peut négocier avec le reste du monde de ses importations et de ses exportations. Il est illusoire de prôner une politique sociale dans un pays qui a perdu son potentiel industriel. C’est un mensonge de faire croire qu’un pays peut vivre seulement avec des services et une administration. Un pays dont le déficit commercial est sans fin et toujours plus important, perd son indépendance politique et économique, et se retrouve sous la domination des banques et des institutions financières internationales.

Pour Karl Marx, le capitalisme était nécessaire, puisqu’il permettait une accumulation des moyens de production, que les salariés devaient s’approprier dans une deuxième phase, afin d’instaurer le socialisme. Or le libre-échange absolu, ou ultralibéralisme, grâce au pétrole gaspillé et pas cher, ainsi qu’aux possibilités apportées par l’informatique et l’Intranet, en délocalisant les moyens de production, là où ça lui chante, évite ainsi, d’abord, les revendications des salariés, ensuite, le risque de nationalisation, et enfin les normes de respect de l’environnement de plus en plus sévères. C’est ainsi que le marxisme et tout ce qui en découle est devenu obsolète, et que le capitalisme financier qui a remplacé le capitalisme industriel, est devenu un  prédateur absolu destructeur des sociétés du Nord comme de celles du Sud, donc à abattre ! 

Plutôt que de gaspiller l’énergie des citoyens à des revendications catégorielles, il s’agit plutôt aujourd’hui, d’obliger les politiques à participer à l’élaboration d’un nouveau système, où le critère dominant ne soit plus le profit, et qui tienne compte, réellement, de la protection de l’environnement et de la préservation des ressources pour les générations futures.

 

*  La théorie de l’échange de David Ricardo (1772-1824), un des papes du libéralisme, démontrait par exemple, que l’Angleterre avait intérêt à se spécialiser dans le tissage afin de vendre une partie de sa production à l’Espagne, qui elle, ne disposait pas de si bons ateliers, et qu’en revanche l’Espagne pouvait vendre du vin à l’Angleterre, qui ne pourrait jamais en produire de si bon.

Certes la puissance économique de l’Angleterre au XIXe  fut surtout due au colonialisme, mais ses économistes, ses élus et ses journalistes semblent être allés à meilleure école que les nôtres ; ils n’auraient jamais imaginé  délocaliser leurs ateliers de tissage en Espagne sous prétexte que la main d’œuvre y était moins chère.  Extrait d’un blog précédent.

 

                       Philippe Annaba, auteur de « Bienheureux les enfants de la Mère ».


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Jeudi 13 novembre 2008 4 13 /11 /Nov /2008 20:10

Pauvres et cons à la fois :

Les pauvres sont très cons, c’est pourquoi les riches et leurs copains les politiques, les ont bien eus. En France, il y avait plein d’usines, peu de chômage. Les salaires n’étaient peut-être pas mirobolants, mais sur le plan de la protection sociale, il n’y avait pas mieux ailleurs.

Et puis la Mondialisation ( du fric) est arrivée, encensée par les élus et les journalistes de tous bords. C’était la panacée. Les chefs d’entreprises bénéficiaient de marges correctes, mais on leur a laissé délocaliser leurs usines là où les salaires étaient très bas, pour qu’ils s’en mettre dix fois plus dans les poches. C’est ainsi qu’il y eu plus de riches et plus de pauvres. Mais les pauvres devenant plus pauvres, ils se précipitaient ( endoctrinés en plus par la publicité ), sur les marchandises venues de pays lointains, fabriquées n’importe comment, mais prétendument bon marché ! En fait, justes un peu moins cher que les produits fabriqués sur place. Les gouvernements et la presse leur disaient que leur pouvoir d’achat augmentait et ils le croyaient. Leur travail s’en allait, mais il semble qu’ils ne s’en apercevaient pas. Aujourd’hui, à part des Airbus, des centrales nucléaires et quelques bagnoles (plus pour longtemps), plus rien n’est fabriqué en France. La conséquence c’est que l’Etat et les collectivités ont de moins en moins de ressources et de plus en plus de charges ; c’est pourquoi ils rognent les prestations sociales. Mais les pauvres au lieu de boycotter tous les produits des multinationales fabriqués dans ces pays où les salariés et l’environnement sont sur-exploités, continuent à entretenir leur malheur et celui de leurs enfants.

Noël est bientôt là ; ils vont encore pleurer qu’ils n’y arrivent pas et parce que le chômage  augmente, mais ils vont tous se précipiter dans ces grand magasins acheter des jouets, dont pas un n’est fabriqué en France. Nous ne fabriquons plus rien, et si nous sommes foutus, c’est la faute bien sûr de tous ces « âpres au gain », mais aussi celle des pauvres qui, sans doute à cause des analphabètes des médias, ont, depuis déjà longtemps, perdu tout bon sens.

  Annaba, auteur de « Bienheureux les enfants de la Mère »


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Mercredi 12 novembre 2008 3 12 /11 /Nov /2008 12:58

Compassion et concurrence économique :

Dans « Var-Matin » du 9 novembre 2008 : une enquête sur les Roms, « les plus pauvres parmi les pauvres ».

En Roumanie ils sont sujets aux brimades, à l’exclusion et aux discriminations. Mais depuis qu’ils sont citoyens européens, ils ont le droit de vivre en France, même si personne ne nous a demandé notre avis !

D’autre part dans les critères d’adhésion à l’Europe, «  les États membres doivent respecter l’état de droit et la protection des minorités ». Et c’est bon pour la France mais pas pour la Roumanie ! C’est vraiment du « n’importe quoi » cette Europe !

Le début de l’article commence ainsi : « Alin a 23 ans. Ses deux enfants galopent dans la caravane, le troisième va naître bientôt… »

La France un pays où l’on vient pour pondre ! (On met au monde un enfant après mures réflexions et en ayant conscience de ses responsabilités, sinon… comme un animal, on pond !)

En revanche, chaque jour,  des entreprises françaises délocalisent en Roumanie parce que la main d’œuvre y est moins cher. On se pince pour être sûr qu’on n’est pas dans un mauvais rêve !

La loi est de plus en plus stricte en ce qui concerne le stationnement des camping-cars, ce qui est normal, surtout pour des raisons d’hygiène, mais il suffit d’être clandestin et de venir s’installer n’importe où avec vingt ou cinquante caravanes pour faire impunément n’importe quoi, devant des forces de l’ordre totalement impuissantes !

Et celui qui n’est pas content et qui le dit, se retrouve sous le coup de la stupide et inique loi « Gayssot ». Comme si, s’élever contre des pratiques illégales et dangereuses, c’était xénophobe sous le prétexte qu’il s’agit d’étrangers.

D’où vient cette compassion pour les étrangers, les clandestins et autres Roms qui, rejetés par leurs pays, viennent réclamer des droits en France ?

Cette fausse compassion et cette lâcheté commune devant les problèmes de l’immigration clandestine, creusent le lit du racisme de demain et des conflits qu’on voit déjà poindre entre les communautés, lorsque la survie des derniers arrivants empiète sur la vie des premiers.

Si un pays tel que la France, à la pointe dans le monde en matière de protections sociales, acquises de hautes luttes, s’ouvre sans contrôle à tous les damnés de la terre, c’est à plus ou moins longue échéance, la fin de ces acquis. Et en effet ils ont déjà été largement entamés. Quel est l’intérêt des Français, qu’ils soient de « souche » ou d’origine immigrée, à favoriser la multiplication des bénéficiaires d’un « gâteau » déjà réduit par une récession définitivement installée ? (une récession, conséquence évidente d’une politique néo-libérale absurde de délocalisations effrénées).

En quoi des hypothétiques « droits de l’homme » devraient-ils avoir priorité sur les droits des citoyens à recueillir le fruit de leur labeur et des cotisations qu’ils ont versées?

Il est étrange que des associations accourent pour défendre des immigrés clandestins dont ils ne connaissent aucunement les motivations profondes, alors qu’ils se soucient peu des pauvres qui sont dans leur rue ; entre autres, de ces personnes âgées qui, après une vie de travail mal payé, sont obligées de ramasser dans le caniveau,  quelques fruits et légumes à la fermeture des marchés. N’y a-t-il pas déjà suffisamment de nécessiteux dans ce pays sans en accueillir encore et encore ?

En fait derrière les bons sentiments se cache l’enfer de la démagogie. Des questions cruciales pour l’avenir sont transformées ainsi, avec l’appui des médias, en instrument de combat idéologique. Une attitude incohérente, dangereuse pour l’avenir, mais dans quel but ?

Par charité chrétienne ? Qu’est-ce que c’est ? Qui vit comme un chrétien aujourd’hui ? De l’école à l’entreprise, c’est la compétitivité, la concurrence, la domination qui est inculquée, et ce n’est pas d’aujourd’hui. La charité est une gageure dans un tel monde, où chacun ne cherche qu’à écraser son voisin ! Quelle comédie ! En quoi la classe moyenne, déjà exploitée et ponctionnée, devrait-elle encore payer plus d’impôts pour entretenir tous ceux qui passent à travers des frontières si mal gardées ? Pour satisfaire à la morale ? Sur quoi repose cette morale ? Sur l’exemple des grandes fortunes expatriées dans des paradis fiscaux ? Des élus grassement payés par les contribuables, alors qu’ils sont tous, à droite comme à gauche, à la solde des « lobbies » des multinationales ?

Il n’est pas toujours facile déjà, d’être solidaire des membres de sa famille et de ses amis, qu’est-ce qui nous obligerait à l’être de personne que nous ne connaissons ni d’Ève ni d’Adam ? Que d’années d’endoctrinement pour faire croire aux pauvres qu’ils doivent aide et assistance aux autres pauvres ! Jusqu’à faire de l’égoïsme, un péché laïque ! Quelle dérision !

Faire la charité, c’est cautionner un mauvais système ( le capitalisme financiarisé et globalisé), qui ainsi, va perdurer et continuer à engendrer la pauvreté.

La Charité s’immisce là où la Justice a été renversée.

C’est à dire que la charité légitime l’injustice.

Commençons par boycotter tous les produits de ces multinationales qui génèrent la misère partout sur cette planète ; afin de supprimer ainsi une des causes de l’injustice dans le monde.

Mais nous sommes nous-mêmes bien trop accros à notre surconsommation superfétatoire, rendue possible par l’exploitation des peuples, des terres et des ressources minières du « Tiers monde » par les multinationales. Et ce complexe de culpabilité nous fait préférer les illusions de la solidarité, terme laïcisé de la charité, au détriment de l’avenir de nos propres enfants.

                     Annaba, auteur de « Bienheureux les stériles »

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Mercredi 22 octobre 2008 3 22 /10 /Oct /2008 19:11

Contre-jour à propos de la disparition de

Sœur Emmanuelle :

Cioran disait qu’« Aimer son prochain est une chose inconcevable. Est-ce qu’on demande à un virus d’aimer un autre virus ? » […]

Dans ses Cahiers, il écrit que « Le prochain, dans le sens physique du mot, non, je ne l’ai jamais aimé : et d’ailleurs, on ne peut l’aimer. Il est essentiellement haïssable, pour tout le monde. Et si on ne peut aimer le prochain qu’on connaît, à quoi rime d’aimer le prochain qu’on ignore… En résumé, on peut avoir pour les hommes de la pitié, mais de l’amour… »

 « Aime ton prochain comme toi-même » est une gageure mais elle a permis aux Pères de l’Église de prêcher la charité surtout pour leur plus grand profit.

  Quant au marquis de Sade dans La philosophie dans le boudoir, il écrit :  

    « Loin de nous, Eugénie, les vertus qui ne font que des ingrats!… la bienfaisance est bien plutôt un vice de l'orgueil qu'une véritable vertu de l'âme; c'est par ostentation qu'on soulage ses semblables… elle accoutume le pauvre à des secours qui détériorent son énergie; il ne travaille plus quand il attend vos charités, et devient, dès qu'elles lui manquent, un voleur et un assassin… »  

Précisons que dans l'Ancien Testament, la Bible des moines de Maredsous, « tu aimeras ton prochain »  concerne en fait l'entraide due à tout autre israélite, et dans celle de Chouraqui cela signifie : aime ton compagnon.

 La charité est essentiellement chrétienne « aimez-vous les uns les autres ». Hors du véritable christianisme, c’est le comble de l’hypocrisie et de la démagogie : on nous demande d’aimer toute l’humanité, d’être fraternel avec tous, et en même temps on nous enseigne la compétition, on nous incite à rivaliser avec chacun et à être le meilleur, à gagner. Les lois de la concurrence sont les nouvelles Tables de la Loi ; elles nécessitent l’envie, la jalousie, la haine, et ne peuvent s’encombrer de sentiments, de pitié, de compassion… alors d’amour… Quelle confusion !.. Quelle dérision !.. Quelle mascarade !.. Les chrétiens devraient pourtant se souvenir de cette parole de Jésus : « Il est impossible qu’un serviteur serve deux maîtres ».

Dans le Coran, l’aumône est l’un des cinq piliers de l’Islam. Mais cette charité, cette aide qui est due au plus faible, ne concerne que les musulmans, et évidemment pas les infidèles.

Quant au bouddhisme et aux philosophies extrêmes-orientales, leur conception de la charité est résumée dans cette citation de Lao-tseu : « Pouvez-vous vous désintéresser d’autrui pour vous rechercher vous-même ?.. » 

Dans les Upanishad, livre sacré de l’Hindouisme, il est dit : « Ce n’est pas pour l’amour des êtres qu’on chérit les êtres, c’est pour l’amour de soi ».

Quant au Bouddha il disait que "Chaque homme est son propre refuge". Il exhortait ses disciples à être un "refuge pour eux-mêmes" et ne jamais chercher refuge ou aide auprès d’un "autre". Il enseignait, encourageait et stimulait chacun à travailler à son émancipation spirituelle, mais se souciait peu de leur bien-être matériel, qui en fait, n’est qu’un bien-avoir.

En effet, le sage n'a rien à faire de la charité. S'il a fait le choix de ne pas devenir l'esclave des  désirs et des passions, ce n'est pas pour aider les autres à y succomber. 

Ce qui est curieux, c’est que Dieu est mort depuis Nietzsche, et qu’en effet les églises se vident, mais qu’on parle de plus en plus d’amour et d’entraide universels.

Depuis les Lumières, la société occidentale a encore gagné en mensonge et en hypocrisie avec toute la quincaillerie de la nouvelle Sainte-Trinité : liberté, égalité et fraternité.

À l’expérience il est évident que ces mots ne sont qu’illusion et ne recouvrent aucune réalité.

Dans Le Cauchemar de Don Quichotte, Amiech et Mattern, écrivent : « Il est crucial de souligner qu’il n’y a pas grand sens à plaquer une idéologie d’amour et de fraternité universelle sur ce que nous sommes en train de faire du monde ».

 

    Les prophètes de la Charité, certains naïvement, d’autres par calcul, servent de dégrippant aux rouages de la société afin que ceux-ci ne se bloquent pas. Pourquoi ne frappent-ils pas plutôt aux portes des milliers de Français très fortunés, qui vivent en Suisse ou dans des paradis fiscaux, pour ne pas payer d’impôts en France ? Bien sûr, c’est plus facile et bien hypocrite, de venir pleurer misère par le canal de la télévision, dans tous les foyers de ceux qui sont déjà écrasés de taxes et de prélèvements divers. Toutes ces émissions, dites caritatives, parrainées par des vedettes du show-biz, qui se font payer la plus grosse partie de leurs cachets dans des paradis fiscaux, quel écœurement ! Mais soutenir une cause humanitaire, du footballeur au chanteur, c’est  à l’évidence incontournable pour leur image de marque.

 

Les médias intoxiquent téléspectateurs et lecteurs en glorifiant les top-models et autres vedettes qui auraient « le cœur sur la main » alors que le seul but de l’opération c’est encore de conditionner les pauvres et tous les exploités pour qu’ils soulagent la misère du monde, dont les responsables sont ces multinationales, aux budgets faramineux, et dont les vedettes côtoient les responsables. On les voit aussi cul et chemise avec les politiciens dans la presse « people » où ils se gaussent d’ailleurs de la bêtise et de la naïveté du peuple !

Le but de toute cette mascarade ? Faire oublier que hormis les handicapés, chacun est d’abord responsable de son propre sort et surtout de celui de ses enfants.

 

    L’appel à la charité publique révèle le pire des cynismes. Après les méfaits du colonialisme, des multinationales gérées par la Finance mondiale ont mis en place, par la guerre, de prétendus responsables politiques pour spolier les ressources des pays pauvres. Ils ont provoqué la déforestation et la destruction de leurs cultures vivrières au profit de cultures d’exportation et de productions minières. Ils génèrent ainsi la misère de peuples entiers, tout en apportant aux Occidentaux un confort de plus en plus superfétatoire. Des Occidentaux qu’on cherche ensuite à culpabiliser en leur montrant sur leurs écrans de télévision la maladie, la faim, et la mort.

De multiples associations, d’ailleurs en pleine lutte de concurrence, nous tendent la main avec indécence, sans jamais expliquer quelle est la cause de cette misère : notre propre confort et notre consommation incessante de produits inutiles et jetables.

On dit que l’argent ne fait pas le bonheur, mais aujourd’hui, grâce aux médias, c’est le malheur qui fait de l’argent et qui souvent, fait vivre une armée de gentils membres d’associations aussi bidon que grassement subventionnées.

La charité, la solidarité ne sont concevables que lorsqu’elles sont une affaire de conscience personnelle, et qu’elles s’adressent à ceux qu’on a choisi d’aider, parce qu’ils méritent notre aide ou que l’on a une relation privilégiée avec eux. Dès que la charité et la solidarité sont institutionnalisées par la religion ou la politique elles sont automatiquement amenées à servir en fait les intérêts de ceux qui la gèrent.

Se faire aimer des hommes et acquérir de la renommée est facile en les flattant et en leur promettant la lune.

Mais le désordre est inéluctablement la conséquence de la démagogie. Que l’homme commence déjà par respecter son voisin, avant de prétendre sauver l’humanité.

La Charité s’immisce là où la Justice a été renversée.

C’est à dire que la charité légitime l’injustice.

Tous les bons Samaritains qui font appel à la charité publique, feraient mieux de communiquer sur les moyens de contraception et surtout sur la responsabilité de tous les parents, vis à vis de leur propre misère et de celle de leurs enfants.

Faire la charité, c’est cautionner un mauvais système qui ainsi va perdurer et continuer à engendrer la pauvreté.

Je terminerai avec cette citation de Henri David Thoreau « Le froid et la faim me paraissent moins hostiles que les méthodes inventées par l’homme pour s’en préserver ».

   Annaba, auteur de « Bienheureux les enfants de la Mère ».

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